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La Tente Dorée

Créativité comme voie spirituelle

Je devrais avoir une tente faite de cinq pierres en carré, décorée par le soleil et les étoiles les plus brillantes. La gloire angélique devrait être en elle. Des topazes devraient former sa fondation ainsi que des pierres précieuses sa structure. Les escaliers devraient être faits de cristal et ses rues seraient pavées d’or. Je devrais être la compagne des anges, parce que je suis le souffle vivant que Dieu a envoyé dans la poussière sèche de cette terre.

- Hildegard de Bingen

Original Blessing - "The Goldent Tent, Hildegard of Binge"

Original Blessing – « The Goldent Tent, Hildegard of Binge »

En tant qu’artiste et professeur de créativité, j’ai développé une façon de travailler en groupe que j’ai appelé ‘Art et Synthèse’. Les participants sont guidés pour se brancher sur leurs sentiments et leur inconscient afin de découvrir une expression personnelle authentique en utilisant les couleurs, le modelage, l’écriture, les sons, les mouvements et les gestes. J’enseigne la méditation et une compréhension sur le système énergétique humain afin de faciliter et d’approfondir le travail créatif.

L’expression créative peut nous apprendre à nous concentrer et à nous centrer et ainsi découvrir et explorer les dimensions de notre être non accessibles par le seul intellect. La guérison devient possible quand nous relions nos sentiments à notre expression permettant ainsi à l’énergie plus fine de la partie spirituelle de notre aura de pénétrer notre corps et notre champ énergétique. Cette énergie spirituelle très pénétrante fera remonter à la surface tous les blocages qui l’entravent, tout en cherchant à nous relier à une dimension intuitive profonde de nous-mêmes.

Pratiquée régulièrement, l’expression créative reliée à la pleine conscience est une forme de pratique spirituelle qui nous guide vers la santé, l’harmonie interne et notre for intérieur.

Vous pouvez imaginer ma grande joie et mon plaisir quand j’ai découvert le travail de Sainte Hildegarde de Bingen, une femme extraordinaire qui vécut en Allemagne entre 1098 et 1179. Abbesse d’un couvent, elle était une visionnaire, naturaliste, dramaturge, poétesse, guérisseuse et musicienne. En 1141 elle vit des langues de feu descendre des cieux et se poser sur elle. Ensuite elle dévoua sa vie à la créativité passionnée en écrivant des textes sur la spiritualité, l’histoire naturelle, la médecine et la politique. Elle fut une mystique dans la tradition de la spiritualité créative, croyant que chaque être vivant est une partie du divin et que lorsque nous créons nous gagnons l’accès à la joie et à la jubilation qui est contenue dans la création.

Elle exhorta les femmes à s’exprimer et encouragea les gens à accéder à leur spiritualité par la créativité. Pour Sainte Hildegarde l’expression personnelle par l’art était la forme ultime de la guérison. Pendant longtemps dans sa vie elle s’est retenue d’exprimer ses visions et son ressenti et ceci, écrivit elle, la rendue malade : « J’ai refusé d’écrire pendant si longtemps que je me sentais écrasée sous le fouet de Dieu, sur mon lit de malade. » Malgré le fait qu’elle eut maintes visions et des expériences approfondies, elle avait refusé d’écrire à cause de ses doutes, par peur d’avoir des pensées erronées et ce à cause des conseils discutables des hommes ! Finalement, elle prit sa plume après beaucoup de combats internes et reçu la force de se lever de son lit de malade et avec cette force, a travaillé pendant dix ans.

J’étais fascinée d’apprendre que Sainte Hildegarde retrouva sa force en exprimant ses croyances personnelles et ses visions inspirées. J’ai fait l’expérience d’un processus similaire dans ma propre vie – la peinture intuitive et l’écriture m’ont aidé à surmonter de nombreuses difficultés et m’ont donné accès aux dimensions de mon être qui m’ont apporté une perspicacité approfondie et la joie. J’ai souvent vu cela en travaillant avec des personnes et je crois vraiment que l’une des formes les plus profondes de la guérison est la restauration de la capacité à créer, si elle a été perdue.

Comme mentionné ci-dessus c’est lorsque nous lions notre ressenti à l’expression que nous entrons en contact avec l’énergie de notre essence et de la Source divine. A travers cela nous nous ouvrons à une intelligence intuitive et naturelle – une spiritualité naturelle ancrée dans le corps. Le processus artistique en lui –même est aussi important que le produit qui en résulte.

Lorsque j’enseigne, je montre souvent les diapositives très colorés des enluminures de Sainte Hildegarde. Une de ces enluminures est intitulée ‘Bénédiction originelle ou la tente dorée’. Elle nous fournit un enseignement condensé et inspiré sur la créativité et le chemin spirituel (voir l’illustration ci-joint). Dans son commentaire de l’enluminure, il est écrit que Dieu a donné à chacun de nous une tente dorée, pliée (symbole de notre divinité) à notre naissance et que c’est notre devoir dans notre vie d’ériger cette tente dorée – donc d’exprimer nos qualités. Regardez en premier, en haut à gauche de l’enluminure, et vous verrez un carré doré qui symbolise l’âme tenue par un Dieu clairvoyant. Il est écrit que l’essence divine pénètre l’âme à la naissance. Les personnes qui entourent la future mère assise portent toutes sortes de fromages ce qui symbolise différentes sortes d’individus qui peuvent tous atteindre la guérison dans leur vie. A l’arrière plan, derrière les silhouettes, on aperçoit un de ces démons ou ennemis qui essaient d’assombrir nos vies, ce qui symbolise les obstacles et les difficultés que nous essayons de prévenir en dressant notre tendre dorée. Malgré les difficultés de la vie, Hildegarde nous encourage à persévérer et à lutter pour trouver la sagesse dans notre foyer et notre vie quotidienne.

L’écriture de Sainte Hildegarde a quelques similitudes avec le Bouddhisme qui nous enseigne que nous avons tous la nature profonde d’un Bouddha et que nous pouvons y accéder en transformant nos émotions et notre karma négatif. Ceci confirme la compréhension que j’ai acquise en travaillant avec le champ énergétique humain : notre nature spirituelle et notre sagesse interne sont simplement obscurcies derrière des couches disharmoniques des pensées et des émotions qui créent de blocages dans notre aura. J’ai trouvé que par la discipline personnelle et la pleine conscience ainsi que la pratique créative, nous pouvons en effet apprivoiser les forces destructives et ouvrir de plus en plus l’accès à notre nature spirituelle et à notre sagesse intérieure.

Si maintenant nous regardons en bas à droite de l’enluminure et suivons les dessins en montant, nous verrons comment la personne est assaillie par toutes sortes de démons et de difficultés qui l’empêche d’ériger sa tente dorée.

Sainte Hildegarde dit que la souffrance et la douleur rencontrées dans le combat pour ériger la tente dorée,( exprimer ses vérités les plus profondes) sont soulagées en pensant à la nature divine en elle et à la bonté de Dieu.

En haut à droite, la tente dorée est finalement érigée et bien que des ennemis continuent de tirer les flèches perturbatrices, ces flèches ne peuvent pas pénétrer dans la tente. Lorsque vous êtes plongé par votre propre énergie, par exemple lors du processus créatif, vos champs énergétiques s’étendent. Cela vous rend moins vulnérable aux perturbations et émotions venues de l’extérieur.

Lorsque je peints ou j’écris durant plusieurs heures, je fais toujours l’expérience d’une grande expansion dans mon aura. Je nommais cela ‘déployer mon parapluie doré’. J’étais donc particulièrement heureuse de découvrir la description de Sainte Hildegarde et de sa tente dorée. Bob Moore avec lequel j’ai étudié la guérison spirituelle, enseignait que les personnes qui travaillaient avec la créativité avaient un lien plus prononcé avec l’énergie de leur essence divine qui se trouve à la fois dans le centre de la colonne vertébrale et se reflète dans la partie extérieure de l’aura éthérique. Toute expression créative inspirée permet à cette énergie de l’essence divine de s’étendre.

Bien des problèmes de santé ainsi que des perturbations émotionnelles sont causés par le fait que la personne reste dans des restrictions et des blocages d’énergie comme la peur. Cela les empêche d’avoir un mouvement d’énergie correct qui leur permettrait d’accéder à un contact plus profond avec leur intuition et donc avec un mouvement d’énergie plus étendu. Quelques maitres de Qi Gong – une pratique Chinoise de mouvements méditatifs – enseigne aux gens comment accéder à une expression artistique à l’aide d’un meilleur contact avec leur énergie du Qi. Une fois les blocages d’énergie libérés la créativité devient une expression simple et naturelle de l’énergie vitale circulant librement et trouvant son expression artistique personnelle.

Lors d’une de mes retraites d’Art et Synthèse, Simone était entrain de travailler avec de la terre glaise. Elle contacta un sentiment de suffocation ainsi qu’une forte émotion liée à son père âgé qui souffrait de la maladie d’Alzheimer. Elle sentait que ses bras voulaient être plus libres et avaient besoin de plus d’espace. En se levant de sa chaise elle commença à danser, d’abord lentement et avec hésitation, puis graduellement avec des mouvements plus forts et puissants. Elle dansait ce qu’elle appela plus tard ‘la danse de la vie’, lui rappelant qu’elle était vivante, pleine de joie et qu’elle pouvait trouver la liberté dont elle avait besoin. Cette énergie traversait tout son corps et elle n’était plus bloquée à cause de ses responsabilités. Puis, tout comme cette énergie avait surgi spontanément, elle s’absorba à nouveau naturellement en elle et Simone put continuer son travail avec la terre glaise – tout son corps fourmillait avec cette énergie libérée.

Nous avons accès à une grande sagesse intuitive en nous lorsque nous permettons à nos blocages de faire surface pour être transformés. L’expression créative est un moyen magnifique pour apprendre comment lier notre ressenti à l’action. Nous pouvons utiliser la créativité spontanée comme une pratique spirituelle si nous l’utilisons régulièrement.

Comme Sainte Hildegarde nous l’a montré si magnifiquement au 12ème siècle, ayez confiance : Vous possédez une tente dorée (votre propre nature divine). Il est essentiel, et non un luxe, d’exprimer ce que vous ressentez et de croire dans votre for intérieur. Cela vous permet d’ériger votre propre tente et de transformer vos émotions. Lorsque vous vous débattez avec des difficultés, arrêtez-vous un instant et souvenez-vous que votre tente dorée est là et que, tout comme Sainte Hildegarde avait pu monter la sienne, vous parviendrez à dresser la votre ! La musique de Sainte Hildegarde était sa pratique spirituelle qui l’amena à faire l’expérience de ‘la beauté et de la gloire céleste’. Nous pouvons aussi apprendre a faire l’expérience de cette grande joie d’être dans le moment présent, à l’unisson avec tout ce qui est, à l’aide de notre expression créative.

Marie Perret

 

 

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Intégration et guérison par le biais de la Peinture Spontanée

J’ai longtemps été fascinée par le conte plus couramment connu sous le titre «  la Jeune Fille sans mains » ou « la Fille aux Mains d’Argent », parce qu’il existe de nombreux rapprochements entre cette histoire singulièrement porteuse de sens et le processus de guérison qui peut émerger de la pratique de la peinture spontanée.

Le conte commence par la perte et le sacrifice du féminin : une innocente jeune femme, que son père ne protège pas comme il le devrait, a les mains coupées par le diable. De la même façon, dans notre enfance, nous vivons des souffrances traumatiques et grandissons de cette façon, « sans mains», c’est-à-dire sans avoir la force et le discernement nécessaires pour assurer des choix de vie sains, sans pouvoir nous exprimer de manière authentique et en ayant un contact limité avec notre propre créativité.

Les souffrances et les épreuves marquent souvent le début d’une recherche d’unité, un appel à quitter les limites du connu et peu importe comment, trouver les moyens d’accéder à une plus grande profondeur et à une connexion consciente avec notre Soi supérieur. La jeune femme panse ses blessures, quitte sa maison et voyage seule à travers le pays. Sans mains, elle ne peut assurer elle-même ses propres besoins, se nourrir ou  se réconforter. Elle peut seulement suivre un appel à aller dans ses propres profondeurs pour y trouver la guérison intérieure.

Une nuit de pleine lune,  elle arrive près d’un château entouré de douves au-delà desquelles se trouve un verger. Aidée par un esprit qui assèche les douves, elle atteint un poirier qui se penche vers elle pour lui offrir un de ses fruits qu’elle mange. La nuit suivante, le jeune roi, son jardinier et son magicien la regardent manger une deuxième poire. Le jeune roi tombe amoureux d’elle, l’épouse et lui fait fabriquer une paire de mains en argent.

Nous pouvons vivre nos vies sans nous exprimer réellement, et sans que notre âme soit nourrie véritablement jusqu’à que nous soyons touchés d’être « vus » et « mis en valeur » par une personne importante à nos yeux, ou que nous trouvions une activité ou une thérapie qui nous aide à redonner confiance à nos émotions et à les exprimer.

L’histoire ne se termine pas par un mariage mais continue par 7 ans de séparation et une série d’initiations (impliquant le diable et une vieille reine sage) permettant à la jeune femme d’accéder à la croissance psychique et à s’unifierA la fin des 7 ans, le roi, la jeune reine et leur enfant sont à nouveau réunis. A la surprise du roi, sa jeune reine ne porte plus ses mains d’argent, mais elle a fait repousser ses propres mains. Par sa persévérance et son travail intérieur, elle a guérit son lien avec son Soi le plus profond et avec son expression.

Je discerne des liens entre cette histoire et la pratique de la Peinture Spontanée proposant une discipline joyeuse et sécurisante dans laquelle nous pouvons explorer, pratiquer et persévérer. Pour beaucoup de personnes, la Peinture Spontanée est un outil précieux leur permettant de nourrir leur propre psyché – c’est comme si on leur offrait des mains d’argent pour atteindre leur propres poires

J’ai commence à peindre spontanément lorsque je vivais à Zurich il y a 23 ans environ et que je ne parlais pas Allemand. Bien que je fusse mariée et très heureuse avec un petit bébé, je me sentais très isolée et j’aspirais à trouver plus de liberté d’expression. J’ai rejoint un groupe de Peinture Expressive Spontanée (Ausdrucksmalen) et j’y ai peint pendant 4 ans, depuis je n’ai jamais cessé de peindre. Au delà de mon désir de peindre et de me sentir plus libre dans mon expression, je voulais découvrir ce qui se cachait en moi, qui pouvait émerger si je ne me laissais pas influencer par mes pensées. Ce contact de plus en plus important avec ma créativité marqua le début d’une période de grande exploration, d’inspiration, d’intégration et d’apprentissage intuitif.

A cette époque, j’exerçais en tant que thérapeute (parlant anglais et français) et je pratiquais la méditation ce qui a, sans aucun doute, renforcé et approfondi l’exploration de ma créativité. Je fus fascinée (et je le suis toujours), par la relation existant entre créativité, thérapie et l’esprit humain. Depuis 18 ans, j’organise et anime des ateliers de thérapie, créativité et art spontané et je continue à méditer sur les pleins pouvoirs ou la guérison auxquels la pratique de l’art nous donne accès.

Il n’est pas nécessaire de disposer de dons artistiques particuliers pour peindre de manière spontanée. Lorsque nous pratiquons la peinture spontanée, nous n’apprenons aucune technique, notre but n’est pas d’acquérir une nouvelle aptitude ou de créer un  chef d’œuvre, mais simplement d’exprimer nos ressentis en utilisant des outils artistiques. De prime abord, cela peut être un véritable défi, car nous avons grandi avec de nombreuses idées ou croyances concernant le talent, l’art, les artistes, et les œuvres en résultant. Nous devons faire table rase de tout cela, surtout des résultats à produire pour nous autoriser à expérimenter. Expérimenter en entrant dans un processus, dans un flux naturel de «  créations reliées ou connectées » (la relation entre le roi et la reine, l’union du masculin et féminin intérieurs), autrement dit «  en jouant ».

Lorsque nous jouons, une relation naturelle émerge entre nos  ressentis, notre monde intérieur et notre façon de l’exprimer. Il y a peu de temps, j’étais assise au bord d’un lac observant deux petites filles, qui à peine arrivées, ont commencé un jeu magique de construction de barrages. Elles chantaient, frappaient dans leurs mains accompagnant leur construction  de mouvements corporels rythmés. Elles devinrent petit à petit si concentrées dans leur propre monde, qu’il leur fut très difficile d’arrêter lorsque leurs parents les appelèrent pour quitter le lieu. C’est un exemple de ce que je nomme «  cycle créatif » – être immergé dans ses émotions, ses ressentis en les exprimant sans que rien n’interfère.

Lorsque pareillement nous sommes absorbés, nous nous ouvrons à des états de conscience plus profonds, permettant sur un plan énergétique, à lalumière ou à l’énergie se mouvant plus rapidement, d’être absorbée et de circuler à travers notre corps. La Peinture Spontanée peut ainsi être une porte (vers le verger sous la pleine lune) nous permettant d’aller au-delà de nos problèmes, au-delà de notre mental aux pensées répétitives, pour entrer dans un autre état de conscience (lorsque nous sommes nourris par la poire/la sérénité/une ouverture vers la sagesse intérieure). C’est une méditation active.

Toute personne créative de quelle manière que ce soit, accède inévitablement, même de façon momentanée, au vide de pensées, à la sérénité, à un état d’éveil qui en générant innovation, fraîcheur, nous donne accès à nos pleins pouvoirs. La créativité émerge lorsque nous entrons, même pendant un court instant, dans un état de conscience insouciante. C’est de là qu’émergent les trésors, d’au-delà de la pensée. L’esprit peut ensuite leur donner forme à travers la musique, la peinture
- Eckhardt Tolle.

Comme le père irréfléchi dans le conte de la Fille aux Mains d’Argent qui ne protège pas sa fille, notre culture ne nous a pas enseigné à nous nourrir véritablement nous-mêmes, à valoriser notre cerveau droit (qui gère nos émotions, nos ressentis) et à y accéder. Je crois que la plupart des souffrances de notre société – consommation à outrance, dépendances et accoutumances, cupidité, besoin de posséder encore et encore – proviennent précisément de cette douleur de ne pas pouvoir se relier/ connecter avec la sérénité qui est aussi de l’amour et de la joie. Je suis convaincue que, pour nous sentir heureux et équilibrés, nous avons besoin de  nous perdre dans le jeu et la créativité quelle qu’en soit la forme. C’est une activité curative, revitalisante et évidemment thérapeutique dont tout le monde, pas uniquement les enfants, a besoin

L’’intérêt croissant pour l’expression créative s’explique, entre autres, par l’effondrement de beaucoup de structures agissant en tant qu’autorités et apportant autrefois la sécurité au peuple. Dans les 50 dernières années, l’équilibre s’est déplacé, du pouvoir qu’avait sur nous ces structures vers un nombre croissant de personnes en ‘processus d’individuation’, cherchant les moyens de se connecter à leur propre guidance intérieure et à lui faire confiance

Comme le voyage thérapeutique de la Fille aux Mains d’Argent, la peinture spontanée nous procure les moyens de transformer l’impact que les autorités externes avaient sur nous et nous permet de découvrir, d’explorer et de trouver nos propres trésors gisant au-delà des limites de notre conditionnement. A l’instar des « hommes médecine » ou chamanes des cultures traditionnelles utilisant souvent une forme d’expression artistique pour transmettre ce qu’ils ont perçu dans leur voyage intérieur, nous aussi pouvons révéler nos visions intérieures pour aider les autres et les enrichir.

La Peinture Spontanée nous offre les moyens de basculer de l’intellect au jeu, de transformer des émotions pluri dimensionnelles  en expressions non verbales. Une pratique régulière nous aide à développer notre endurance et notre confiance dans le flux créatif qui nous entraîne au-delà du bien et mal, au-delà du jugement, à la rencontre de la sérénité et de la plénitude.

Dans le conte, il y a un épisode où plusieurs messagers voyageant entre la vieille reine sage et le roi sont interceptés par le diable  au bord de la rivière. Lors d’un voyage intérieur, il est essentiel que nous restions éveillés pour développer notre discernement. Cela nous permettra de distinguer la voix de notre intuition, de la voix, émanant de nos peurs et nos doutes, qui peut essayer de saboter notre expansion.

Pratiquer régulièrement et en conscience la Peinture Spontanée nous attire vers les eaux vivantes de nos ventres, «  le centre de la création » de nos propres corps. Ainsi nous nous connectons avec le centre énergétique du hara, qui est le siège de la vie, de la vitalité, de la puissance et de la passion que nous avons en nous-mêmes. En persévérant dans la pratique créative, nous pouvons transformer, digérer et intégrer tout ce qui, en ayant un impact sur nous, nous a profondément touchés.

Ces expériences, au-delà des mots, peuvent être aussi joyeuses que douloureuses, ou mystiques. La Peinture Spontanée offre une porte à notre sagesse intuitive, l’attirant ainsi dans notre corps. Elle nous donne les moyens d’accéder à l’inconnu en nous-mêmes, à explorer et à découvrir les dimensions de notre propre être, au-delà du mental.  J’observe que plusieurs personnes travaillant régulièrement avec la Peinture Spontanée, sont guidées vers des processus d’apprentissage et de réflexion à travers leurs propres émotions, permettant ainsi l’accomplissement d’une transformation psychique en profondeur. (N’est-il pas étonnant qu’à l’école, nous devions apprendre presque exclusivement par le biais des livres ?)

Autant de découvertes et d’expressions personnelles, à travers des couleurs, formes et images vibrantes, émergent comme par magie et remplissent les murs de la salle de peinture. Des thèmes tels que vie, naissance, mort, la vie en couple, une connexion profonde avec les éléments,  avec la nature et les animaux apparaissent souvent dans les peintures sans aucune incitation. Parfois des personnes ont accès au plan causal qui les amène à la transformation de structures héréditaires ou karmiques. Je vois des gens peignant spontanément leur connexion personnelle à la spiritualité, à des processus de guérison,  des rêves, des guides, à des dimensions non physiques, à la sérénité.

Bien sûr, quelques personnes découvrent qu’elles adorent tout simplement peindre, qu’elles ont un réel talent artistique et continuent à les développer. Et c’est fantastique,  parce que pour quelques personnes, c’est réellement la découverte de leur véritable vocation. Sans oublier la joie, la sensation d’être vivant, la passion, le plaisir qui se libèrent lorsque nous ouvrons le flot  créateur !

Un peintre très passionné est venu vers moi à plusieurs reprises après une séance de peinture, avec les yeux brillants et m’a dit «  je me sens si magnifiquement bien, que si je devais mourir maintenant, cela me serait égal, car je me sens si formidablement vivant ».

Evidemment, il existe différentes voies pour guérir la rupture entre le masculin et le féminin, pour accéder à sa propre guidance intérieure et lui faire confiance afin d’en être nourris et de le partager dans nos vies.  La Peinture Spontanée est ma propre façon inspirée de « faire repousser mes mains», qui, je le constate, apporte aussi guérison, joie et pleins pouvoirs aux autres.

La Jeune Fille aux mains d’argent

Le conte

ll était une fois, il y a quelques jours, à l’époque ou la farine des villageois était écrasée à la meule de pierre, un meunier qui avait connu des temps difficiles. II ne lui restait plus que cette grosse meule de pierre dans une remise et, derrière, un superbe pommier en fleur.

Un jour, tandis qu’il allait dans la foret couper du bois mort avec sa hache au tranchant d’argent, un curieux vieillard surgit de derrière un arbre. « A quoi bon te fatiguer a fendre du bois ? dit-il. Ecoute, si tu me donnes ce qui se tient derrière ton moulin, je te ferai riche.

_  Qu’y  a-t-il  derrière mon  moulin,  sinon mon pommier en fleur ? pensa le meunier. II accepta donc le marche du vieil homme.

_  Dans trois ans, je viendrai chercher mon bien », gloussa l’étranger, avant de disparaitre en boitant derrière les arbres.

Sur le sentier, en revenant, le meunier vit son épouse qui volait à sa rencontre, les cheveux défaits, le tablier en bataille. « Mon époux, mon époux, quand l’heure a sonne, une pendule magnifique a pris place sur le mur de notre maison, des chaises recouvertes de velours ont remplace nos sièges rustiques, le garde-manger s’est mis à regorger de gibier et tous nos coffres, tous nos coffrets débordent. Je t’en prie, dis-moi ce qui est arri­vé ? » Et a ce moment encore, des bagues en or vinrent orner ses doigts tandis que sa chevelure était prise dans un cercle d’or.

« Ah », dit le meunier, qui, avec une crainte mêlée de respect, vit alors son justaucorps devenir de satin et ses vieilles chaussures, aux talons si écules qu’il marchait incline en arrière, laisser la place a de fins souliers. « Eh bien, tout cela nous vient d’un étranger, parvint-il à balbutier. J’ai rencontre dans la foret un homme étrange, vêtu d’un manteau sombre, qui m’a promis abondance de biens si je lui donnais ce qui est derrière le moulin. Que veux-tu, ma femme, nous pourrons bien planter un autre pommier…

— Oh, mon mari! gémit 1′épouse, comme foudroyée. Cet homme en manteau sombre, c’était le Diable et derrière le moulin il y a bien le pommier, mais aussi notre fille, qui balaie la cour avec un balai de saule. »

Et les parents de rentrer chez eux d’un pas chancelant, répandant des larmes amères sur leurs beaux habits.

Pendant trois ans, leur fille resta sans prendre époux. Elle avait un caractère aussi doux que les premières pommes de printemps. Le jour ou le Diable vint la chercher, elle prit un bain, enfila une robe blanche et se plaça au milieu d’un cercle qu’elle avait trace a la craie autour d’elle. Et quand le Diable tendit la main pour s’emparer d’elle, une force invisible le repoussa à l’autre bout de la cour.

« Elle ne doit plus se laver, hurla-t-il, sinon je ne peux l’approcher. » Les parents et la jeune fille furent terrifies. Quelques semaines passèrent. La jeune fille ne se lavait plus et bientôt ses cheveux furent poisseux, ses ongles noirs, sa peau grise, ses vêtements raides de crasse.

Chaque jour, elle ressemblait de plus en plus à une bête sauvage. Alors, le Diable revint. La jeune fille se mit à pleurer. Ses larmes coulèrent tant et tant sur ses paumes et le long de ses bras que bientôt ses mains et ses bras furent parfaitement propres, immaculés. Fou de rage, le Diable hurla : « Coupe-lui les mains, sinon je ne peux m’approcher d’elle ! » Le père fut horrifie : « Tu veux que je tranche les mains de mon enfant ?

— Tout ici mourra, rugit le Diable, tout, ta femme, toi, les champs aussi loin que porte son regard ! »

Le père fut si terrifie qu’il obéit. Implorant le pardon de sa fille, il se mit à aiguiser sa hache. Sa fille accepta son sort. « Je suis ton enfant, dit-elle, fais comméra tu le dois. »

Ainsi fit-il, et nul ne sait qui cria le plus fort, du père ou de son enfant. Et éden fut fini de la vie qu’avait connue la jeune fille.

Quand le Diable revint, la jeune fille avait tant pleure que les moignons de ses bras étaient de nouveau propres et de nouveau, il se retrouva a l’autre bout de la cour quand il voulut se saisir d’elle. II lança des jurons qui allumèrent de petits feux dans la foret, puis disparut a jamais, car il n’avait plus de droits sur elle.

Le père avait vieilli de cent ans, tout comme son épouse. Ils s’efforcèrent de faire aller, comme de vrais habitants de la foret qu’ils étaient. Le vieux père proposa à sa fille de vivre dans un beau château, entouré pour la vie de richesses et de magnificence, mais elle répondit qu’elle serait mieux à sa place en mendiant désormais sa subsistance et en dépendant des autres pour vivre. Elle entoura donc ses bras d’une gaze propre et, à 1′aube, quitta la vie qu’elle avait connue.

Elle marcha longtemps. Quand le soleil fut au zénith, la sueur traça des rigoles sur son visage macule. Le vent la décoiffa jusqu’a ce que ses cheveux ressemblent a un amas de brindilles. Et au milieu de la nuit, elle arriva devant un verger royal ou la lune faisait briller les fruits qui pendaient aux arbres.

Une douve entourait le verger et elle ne put y pénétrer. Mais elle tomba à genoux, car elle mourait de faim. Alors, un esprit vêtu de blanc apparut et ferma une des écluses de la douve, qui se vida.

La jeune fille s’avanca parmi les poiriers. Elle n’ignorait pas que chaque fruit, d’une forme parfaite, avait été compte et numérale, et que le verger était garde; néanmoins, dans un craquement léger, une branche s’abaissa vers elle de Fagon à mettre a sa portée le joli fruit qui pendait a son extrémité. Elle posa les lèvres sur la peau dorée d’une poire et la mangea, debout dans la clarté lunaire, ses bras enveloppes de gaze, ses cheveux en désordre, la jeune fille sans mains pareille a une créature de boue.

La scène n’avait pas échappe au jardinier, mais il n’intervint pas, car il savait qu’un esprit magique gardait la jeune fille. Quand celle-ci eut fini de manger cette seule poire, elle retraversa la douve et alia dormir dans le bois, a I’ abri des arbres.

Le lendemain matin, le roi vint compter ses poires. II s’aperçut qu’il en manquait une, mais il eut beau regarder partout, il ne put trouver le fruit. Le jardinier expliqua : « La nuit dernière, deux esprits ont vide la douve, sont entres dans le jardin quand la lune a été

Haute et celui qui n’avait pas de mains, un esprit féminin, a mange la poire qui s’était offerte a lui. »

Le roi dit qu’il monterait la garde la nuit suivante. Quand il fit sombre, il arriva avec son jardinier et son magicien, qui savait comment parler avec les esprits. Tous trois s’assirent sous un arbre et attendirent. A minuit, la jeune fille sortit de la foret, flottant avec ses bras sans mains, ses vêtements sales en lambeaux, ses cheveux en désordre et son visage sur lequel la sueur avait trace des rigoles, l’esprit vêtu de blanc a ses cotes.

Us pénétrèrent dans le verger de la même manière que la veille et de nouveau, un arbre mit une branche a la portée de la jeune fille en se penchant gracieusement vers elle et elle consomma a petits coups de dents le fruit qui pendait a son extrémité.

Le magicien s’approcha d’eux, un peu, mais pas trop. « Es-tu ou n’es-tu pas de ce monde ? » demanda-t-il. Et la jeune fille répondit : « J’ai été du monde et pourtant je ne suis pas de ce monde. »

Le roi interrogea le magicien : « Estelle humaine ? Est-ce un esprit ? » Le magicien répondit qu’elle était les deux à la fois. Alors le cœur du roi bondit dans sa poitrine et il s’écria : « Je ne t’abandonnerai pas. A dater de ce jour, je veillerai sur toi. »

Dans son château, il fit faire pour elle une paire de mains en argent, que Ton attacha à ses bras. Ainsi le roi épousa-t-il la jeune fille sans mains.

Au bout de quelque temps, le roi dut partir guerroyer dans un lointain royaume et il demanda à sa mère de veiller sur sa jeune reine, car il l’aimait de tout son cœur. « Si elle donne naissance à un enfant, envoyez-moi tout de suite .un message. »

La jeune reine donna naissance à un bel enfant et la mère du roi envoya à son fils un messager pour lui apprendre la bonne nouvelle. Mais, en chemin, le mes­sager se sentit fatigue, et, quand il approcha d’une rivière, le sommeil le gagna, si bien qu’il s’endormit au bord de l’eau. Le Diable sortit de derrière un arbre et substitua au message un autre disant que la reine avait donne naissance a un enfant qui était mi-homme mi-chien.

Horrifie, le roi envoya néanmoins un billet dans lequel il exprimait son amour pour la reine et toute son affection dans cette terrible épreuve. Le jeune messa­ger parvint de nouveau au bord de la rivière et la, il se sentit lourd, comme s’il sortait d’un festin et il s’endor­mit bientôt. Là-dessus, le Diable fit son apparition et changea le message contre un autre qui disait : « Tuez la reine et son enfant. »

La vieille mère, bouleversée par l’ordre émis par son fils, envoya un messager pour avoir confirmation. Et les messagers firent Aller-retour. En arrivant au bord de la rivière, chacun d’eux était pris de sommeil et le Diable changeait les messages qui devenaient de plus en plus terribles, le dernier disant : « Gardez la langue et les yeux de la reine pour me prouver qu’elle a bien été tuée.»

La vieille mère ne pouvait supporter de tuer la douce et jeune reine. Elle sacrifia donc une biche, prit sa langue et ses yeux et les tint en lieu sur. Puis elle aida la jeune reine à attacher son enfant sur son sein, lui mit un voile et lui dit qu’elle devait fuir pour avoir la vie sauve. Les femmes pleurèrent ensemble et s’embrassèrent, puis se séparèrent.

La jeune reine partit à 1′aventure et bientôt elle arriva à un foret qui était la plus grande, la plus vaste qu’elle eut jamais vue. Elle tenta désespérément d’y trouver un chemin. Vers le soir, l’esprit vêtu de blanc réapparut et la guida vers une pauvre auberge tenue par de gentils habitants du foret. Une autre jeune fille, vêtue d’une robe blanche, la fit entrer en l’appelant Majesté et déposa le petit enfant auprès d’elle.

«Comment sais-tu que je suis reine ? demanda-t-elle.

— Nous, les gens de la foret, sommes au courant de ces choses-la, ma reine. Maintenant, reposez-vous.»

La reine passa donc sept années à 1′auberge, ou elle mena une vie heureuse auprès de son enfant. Petit à petit, ses mains repoussèrent. Ce furent d’abord des mains de nourrisson, d’un rose nacre, puis des mains de petite fille et enfin des mains de femme.

Pendant ce temps, le roi revint de la guerre. Sa vieille mère l’accueillit en pleurant. « Pourquoi as-tu voulu que je tue deux innocents ? » demanda-t-elle en lui montrant les yeux et la langue.

En entendant la terrible histoire, le roi vacilla et pleura sans fin. Devant son chagrin, sa mère lui dit que c’étaient la les yeux et la langue d’une biche, car elle avait fait partir la reine et son enfant dans le foret.

Le roi fit le vœu de rester sans boire et sans manger et de voyager jusqu’aux extrémités du ciel pour les retrouver. 11 chercha pendant sept ans. Ses mains devinrent noires, sa barbe se fit brune comme de la mousse, ses yeux rougirent et se desséchèrent. II ne mangeait ni ne buvait, mais une force plus puissante que lui l’aidait à vivre.

A la fin, il parvint à Auberge tenue par les gens du foret. La femme en blanc le fit entrer et il s’allongea, complètement épuise. Elle lui posa un voile sur le visage. II s’endormit et, tandis qu’il respirait profondément, le voile glissa petit à petit de son visage. Quand il s’éveilla, une jolie femme et un bel enfant le contemplaient.

« Je suis ton épouse et voici ton enfant. »

Le roi ne demandait qu’à la croire, mais il s’aperçut qu’elle avait des mains.

« Mes labeurs et mes soins les ont fait repousser », dit la jeune femme. Alors la femme en blanc tira les mains en argent du coffre dans lequel elles étaient conservées. Le roi se leva, étreignit son épouse et son enfant et ce jour-la, la joie fut grande au cœur de la foret. Tous les esprits et les habitants de l’auberge prirent part à un splendide festin. Par la suite, le roi, la reine et leur fils revinrent auprès de la vieille mère, se marièrent une seconde  fois,  eurent beaucoup d’autres enfants, qui tous racontèrent cette histoire a des centaines d’autres, qui a leur tour la racontèrent a des centaines d’autres, tout comme vous faites partie de la centaine d’autres a qui je la raconte.